Lewis Trondheim, l’artiste-orchestre de la bande dessinée

2019-03-30

Aujourd’hui, on pourrait croire que, pour toute personne qui aime la bande dessinée, Lewis Trondheim n’a plus besoin d’être présenté. Et pourtant ! S’il est bien connu du grand public, Trondheim est cependant presque toujours présenté par les critiques (journalistiques ou même académiques) à travers les mêmes critères.

D’une part, il est le co-fondateur de l’Association et de l’Oubapo ; d’autre part, il est un créateur prolifique, (co-)auteur d’une centaine de bandes dessinées, de Lapinot et les carottes de Patagonie aux Nouvelles aventures de Lapinot, en passant par les plusieurs séries des « Donjons ». Après avoir été un centre d’intérêt pour la critique universitaire pour une courte période (de 2001 à 2011), avec six publications en dix ans (voir bibliographie), presque plus rien d’académique n’a été publié sur son travail depuis. En plus de ces six études, il existe une série de références ici et là, qui, malgré leurs qualités, ont tendance à se concentrer toujours sur toujours les mêmes problématiques (autobiographie,minimalisme, contraintes), à viser les mêmes textes (Lapinot et les carottes de Patagonie,etc.) et/ou le même type d’analyse plutôt littéraire ou sociologique, tout en se limitant à la même première période de son travail (1990-2005). Après un excellent chapitre dans le livre publié par Greice Schneider en 2016, un numéro spécial d’Image [&] Narrative qui vient de paraître en novembre 2018 confirme ces tendances. Après avoir lui-même douté de ses capacités de création (Désoeuvré, 2005), Trondheim a pourtant redoublé d’énergie sur le plan quantitatif et qualitatif, tant dans la création d’oeuvres nouvelles que dans son rôle influent dans le monde de la bande dessinée.

Notre référence à l’artiste-orchestre est due à cette multiplicité de rôles que Trondheim a joué et continue à jouer dans l’univers de la bande dessinée comme dessinateur, scénariste, innovateur, expérimentateur et auteur-mainstream, passeur, directeur de collection, (re-)co-fondateur et éditeur, et co-fondateur du syndicat SNACBD. Le but de ce colloque est, tout en s’appuyant sur ce travail critique pré-existant, d’amplifier et d’explorer les autres aspects, très nombreux, de son travail à travers d’autres approches comme les études médiatiques ; le renouvellement de la perspective (auto)biographique selon Jean-Matthieu Méon ; la notion d’engagement (dans l’oeuvre et dans le monde réel de la bande dessinée) ; la notion de série ; les influences venant des mangas et des comics et le jeu avec ces autres traditions nationales/culturelles ; les traductions de ses travaux à l’étranger ; sa relation, souvent implicite, à l’Oubapo ; son rôle dans la patrimonalisation de la bande dessinée (française, franco-belge, américaine) ; son rôle de passeur ; la notion de la collaboration scénariste-dessinateur ; son travail ludique sur la matérialité de la bande dessinée et les produits dérivés, etc. Ce renouvellement des approches méthodologiques et thématiques impliquera que l’on sorte du cercle des cinq ou six oeuvres déjà abondamment étudiées, pour aborder les nombreux autres travaux de Trondheim peu ou pas analysés. Pour la sélection, la priorité sera donc donnée à ces nouvelles approches de nouvelles oeuvres et nouveaux aspects du travail de Lewis Trondheim.

Envoyez-nous un résumé de votre proposition de 300 mots et une biobibliographie de 200 mots pour le 15 juin 2019 : Chris Reyns-Chikuma (reynschi@ualberta.ca), David Pinho Barros (dbarros@letras.up.pt) et Laurent Gerbier (laurent.gerbier@univ-tours.fr). La réponse sera donnée avant le 15 juillet 2019. Les transports domestiques et deux nuitées pour les dix candidats sélectionnés pour ce colloque seront remboursés. Les articles devront être envoyés pour le 29 février 2020 aux trois organisateurs afin d’être partagés en interne avant le colloque pour faciliter et approfondir le dialogue.

L'événement aura lieu à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBDI), Angoulême, le lundi 4 mai 2020.

Sponsors :
University of Alberta, laboratoire InTRu (Université de Tours), ACME (Université de
Liège), Université libre de Bruxelles.
Bibliographie chronologique :
Gerbier, Laurent, et Didier Ottaviani (2001). « Approximativement (Lewis Trondheim et
ses doubles) ». Image [&] Narrative.
Dozo, Björn-Olav (2007). « La Bande dessinée francophone contemporaine à la lumière
de sa propre critique. Quand une avant-garde esthétique s’interroge sur sa pérennité ».
Belphégor.
Beaty, Bart (2007). Unpopular Culture : Transforming the European Comic Book in the 1990s,
pp. 205-40.
Numéro spécial de Neuvième Art (2007): articles de Gravett, Mercier, Laballery, Lemoine,
et Ciment, pp. 58-108 : http://www.citebd.org/spip.php?article96
Turgeon, David (2008). « Trondheim autobiographique(s) » du9 : L’autre bande dessinée.
En ligne.
— (2008). « Des Carottes » (1, 2, 3). du9 : L’autre bande dessinée. En ligne.
Carneiro, Maria Clara (2011). A nova bande dessinée: L’Association e o Oubapo. In Anais
da II Jornada de Estudos sobre Romances Gráficos. Brasília : Universidade de Brasília.
Reyns-Chikuma, Chris (2011). « Pour une lecture postcoloniale de 1730, Ile Bourbon »,
Image [&] Narrative.
Schneider, Greice (2016), The Little Nothings of Lewis Trondheim. In What Happens
When Nothing Happens : Boredom and Everyday Life in Contemporary Comics. Leuven :
Leuven University Press.
Reyns-Chikuma, Chris (2018) : « Panique en Atlantique : Bridging Personal and
Collective Memories of L’Association and Comics History », Comics Memory, dir. Maheen
Ahmed & Benoît Crucifix, pp. 143-163.
— (2018). « Abstract Gram Pic et Pic et Pictogramme : Oubapo, Abstraction et Nouvelle
pornographie », Abstraction and Comics, dir. A. Rommens et al. PULg-Acme, pp. 617-634.
Reyns-Chikuma, Chris & Pinho Barros, David (Eds.) (2018). Numéro spécial de Image
[&] Narrative, avec six textes qui étudient respectivement : La Mouche (J. Dutel),
Patagonie (F. Leroy), Carnets (A. Miller), « autobiographies masquées » (C. Cointot) et
deus aventures de « Lapinot » (C. Martin).