Imaginer des constellations linguistiques pour l’étude des littératures autochtones

2021-08-24

En 2010 paraissait L’autochtonie en dialogue: l’expression littéraire autochtone au-delà des barrières linguistiques, un dossier spécial d’Études en littérature canadienne/Studies in Canadian Literature sous la direction de Michèle Lacombe, Heather MacFarlane et Jennifer Andrews. Dans leur introduction, les éditrices énonçaient leur désir que les poètes autochtones qui écrivent en français soient davantage connu·es en dehors des barrières linguistiques imposées par les nombreuses mesures et politiques d’assimilation coloniales, parmi lesquelles on pense particulièrement aux pensionnats. Elles souhaitaient aussi que plus de travaux critiques s’élaborent à la croisée des langues, et autour de la dimension linguistique des textes (2010: 12). Un peu plus de 10 ans plus tard, quel constat peut-on tirer de cette invitation lancée par Andrews, Lacombe et MacFarlane ? Quelles relations et constellations de solidarité se sont-elles construites entre les écrivain·es autochtones s’exprimant dans différentes langues sur les territoires réclamés par le Canada ? Et comment ces constellations s’articulent-elles dans le champ des études littéraires autochtones ?

 

Est-ce que la prolifération actuelle des œuvres en traduction, par exemple, permet une réelle circulation des textes en dépit des frontières linguistiques qui existent toujours entre les deux langues officielles au Canada qui sont, comme nous le rappelle l’auteur Wendat Louis-Karl Picard Sioui, des langues étrangères ? Est-ce que les œuvres littéraires autochtones produites en français et maintenant traduites vers l’anglais sont lues, étudiées et enseignées dans les contextes académiques anglophones ? Si oui, de quelle manière ?  De façon semblable, est-ce que les chercheur·ses qui travaillent en français se penchent sur les textes rédigés en anglais par des écrivain·es autochtones ? S’il semble peut-être plus facile de répondre à la seconde question, il nous apparaît qu’une attention portée à la circulation et à la réception critique et universitaire des œuvres littéraires autochtones écrites en français (et en traduction anglaise) est toujours nécessaire afin de mieux comprendre où, 10 ans après la publication du dossier spécial de ÉLC, nous en sommes. Nous croyons qu’une telle réflexion autour de la pluralité des langues (anglaise, française, et autochtones) qui façonnent les littératures des Premières Nations, des Métis et des Inuit passées et actuelles, de même que de nombreuses traductions et leur circulation, puissent venir complexifier et problématiser les notions de francophonie et d’anglophonie héritées des études postcoloniales. Une telle problématisation est par ailleurs essentielle tant ces notions mêmes reconduisent des rapports de force hégémoniques et ne prennent pas en compte les épistémologies autochtones du langage qui façonnent pourtant les imaginaires littéraires.

 

En portant une attention particulière aux littératures autochtones en traduction, produites en français ou encore intégrant des langues des Premières Nations, des Métis ou des Inuit, ce numéro bilingue d’Alternative Francophone se veut ainsi une occasion de questionner et de problématiser des enjeux linguistiques et plurilingues qui ont des implications multiples et complexes en contextes autochtones. Avec ce numéro, nous souhaitons également mettre en valeur, honorer et soutenir les écrivain·es autochtones qui écrivent très souvent dans des zones de tension langagière, qui façonnent ces espaces linguistiques à même leur création littéraire. Ce faisant, nous souhaitons mettre en relief l’apport des littératures autochtones à un dialogue critique autour des questions de plurilinguisme, d’hégémonie linguistique, de langue du texte et de colonialisme langagier. Puis, nous souhaitons créer une opportunité où des conversations critiques sur ces questions peuvent, finalement, advenir.

 

Dans ce contexte, nous invitons des contributions en français et en anglais qui imaginent ces constellations linguistiques et qui renouvellent les manières d’entrer en relation avec les littératures autochtones en se penchant, par exemple, sur les angles de réflexion suivants, sans toutefois que cette liste ne soit exhaustive:

 

  • La circulation et la réception des textes autochtones en traduction (lecture, étude, enseignement)
  • Quelles méthodologies pour étudier et enseigner les œuvres en traduction ?
  • Penser les relations entre les littératures autochtones hors des frontières linguistiques coloniales
  • Solidarités littéraires autochtones
  • Épistémologies autochtones du langage et relations aux langues coloniales
  • Quelles méthodologies privilégier pour les études littéraires autochtones à la croisée des sphères linguistiques ? Puis pour les études littéraires autochtones en français ?
  • Trans-autochtonie/trans-linguisme autochtone
  • La notion de francophonie (comme celle d’anglophonie) empêche-t-elle d’entrer en relation avec les littératures autochtones selon leurs propres termes ?
  • Littératures autochtones, langues et perspectives queer/bispirituelles

Les auteur·rices intéressé·es à participer à ce numéro sont prié·es de nous faire parvenir une proposition d’article (500 mots), de même qu’une courte notice biobibliographique (200 mots) au plus tard le 1 décembre 2021 à shenzi@sfu.ca et marieve.bradette@gmail.com. Les articles complets (entre 6000 et 8000 mots) seront ensuite requis au plus tard le 30 juin 2022.