L’efficacité de l’écriture dans Fukushima. Récit d’un désastre (2012) de Michaël Ferrier : contre la résignation face à la catastrophe.

  • Aurélie Briquet Université Paris-Est Créteil

Résumé

Avec Fukushima. Récit d’un désastre, publié en 2012, Michaël Ferrier nous livre son expérience d’une catastrophe qu’il a en partie vécue de l’intérieur : l’écrivain et universitaire français habite en effet à Tokyo depuis plus de vingt-cinq ans, et se trouvait sur les lieux le 11 mars 2011 lorsque s’est déclenché l’un des plus grands séismes de l’histoire du Japon. Le tsunami et la catastrophe nucléaire qui lui ont succédé l’ont par la suite conduit à remonter en direction du nord du pays, tout près de la zone ravagée de Fukushima : il s’agissait alors pour lui de porter secours aux survivants, mais aussi de découvrir par lui-même l’ampleur du désastre en recueillant leurs témoignages. Les conséquences des accidents nucléaires qui ont eu lieu dans la centrale de Fukushima sont finalement développées dans la troisième et dernière partie de l’ouvrage, où l’auteur explique à quelle « demi-vie » les Japonais sont désormais condamnés. L’ouvrage pourrait donc se limiter à une visée purement informative, documentaire. Mais l’ambition de son auteur est tout autre, et engage la question de l’efficacité de l’écriture. Il s’agit en effet ici de nous faire partager l’expérience très sensorielle du séisme, de nous faire saisir pleinement le bouleversement du monde qu’il implique. Les récits des victimes du tsunami, poignants mais pudiques, les paysages dévastés qui s’offrent aux regards à travers la plume de Michael Ferrier sollicitent ensuite notre responsabilité. Lorsque l’on découvre l’horreur de la situation atomique dans le pays, avec son cortège de contaminations, on peut entendre l’ironie amère et mordante de l’auteur comme l’expression d’une révolte inapaisable. Car aujourd’hui encore, le désastre de Fukushima se prolonge : l’écriture de Michaël Ferrier nous aura rendus sensibles à sa violence ainsi qu’à la nécessité de demeurer vigilants et actifs. 

Biographie de l'auteur

Aurélie Briquet, Université Paris-Est Créteil
Aurélie Briquet est agrégée de Lettres Modernes et docteur en Littérature française. Elle enseigne actuellement à l’Université Paris-est Créteil, après deux années passées à l’Université du Kyushu, au Japon. Auteur d’une thèse consacrée à la question du genre littéraire dans les romans d’Alfred Jarry, elle poursuit des recherches sur les genres littéraires, leur hybridation, le symbolisme et la fin-de-siècle, mais aussi, plus récemment, sur la littérature du réel à l’époque contemporaine. Elle a dernièrement publié le texte d’une communication intitulée « Œuvres inclassables et refus de classer chez les symbolistes », ou encore un article sur « Le récit d’images dans L’Amour absolu ». Aurélie Briquet est également membre du comité d’administration de la Société des Amis d’Alfred Jarry, et de la Société des Lecteurs d’Henri de Régnier.
Publiée
2019-02-14